Alliance Territoriale pour le Développement
Nouvelles de l'ATD
Bassin du Congo – Message de l’Alliance Territoriale pour le developpement :
"Nos Terres, Nos Voix, Notre Souveraineté"
12.10.2026
Madame la Modératrice,
Chères sœurs de lutte,
Chers délégués et alliés de la justice climatique,
Je m'adresse à vous aujourd’hui depuis le cœur battant de l'Afrique, le Bassin du Congo, au nom des femmes d’ATD.
À Yaoundé, sous la bannière de WoMin, notre voix s'élève d'une seule et même clameur : "Nos terres, nos voix : les femmes africaines unies pour la justice climatique et les réparations !"
1. Au niveau global : Stopper l'extractivisme vert et exiger des réparations
À l'échelle globale, la transition énergétique qu'on nous impose est en train de devenir un nouveau piège. Sous couvert de sauver la planète, les pays industrialisés et les multinationales pillent nos sols, accaparent nos terres et piétinent nos droits. Le "capitalisme vert" et les faux marchés carbone ne sont que les habits neufs de l'ancien colonialisme extractiviste.
Nous, femmes d'Afrique, le disons haut et fort : il n’y a pas de justice climatique sans justice de genre, et il n'y a pas de transition juste sans réparations historiques et écologiques. Nos forêts, nos tourbières et nos savanes ne sont pas des zones de sacrifice.
2. Au niveau du Bassin du Congo : Situer le géant vert et le deuxième poumon de la Terre
Pour bien comprendre notre combat, imaginez un instant une immense cuvette verte qui s’étend sur plus de 3 millions de kilomètres carrés au cœur de notre continent. C’est le Bassin du Congo : le deuxième plus grand bassin fluvial du monde après l'Amazonie, et le deuxième poumon de la planète.
Ses forêts denses et ses vastes tourbières absorbent des milliards de tonnes de carbone, régulant le climat de toute la Terre. Mais ce paradis écologique est aujourd’hui un territoire assiégé. Sous nos pieds et dans nos arbres se jouent des convoitises mondiales massives. Nos écosystèmes régulent le climat global, mais ce sont nos corps et nos communautés qui portent le fardeau des sécheresses, des inondations et des déplacements forcés.
Pourtant, celles qui protègent le mieux ces forêts depuis des générations — les femmes des Communautés Locales et des Peuples Autochtones (CLPA) — sont systématiquement invisibilisées. On parle de nos forêts en oubliant celles et ceux qui y vivent, et en particulier celles qui les nourrissent et les protègent.
3. Au niveau de la RDC, des 145 territoires et du micro-financement : Les CLT en première ligne
Cet engagement pour la terre, nous le traduisons concrètement en République Démocratique du Congo, qui abrite la plus grande part de ce Bassin. Avec ATD, nous portons un processus audacieux et transformateur : la mise en place de Terres Coutumières et Communautés Locales de Base (CLT/CLB), avec les femmes en première ligne, aux commandes.
Pourquoi est-ce une urgence absolue ?
• Parce que la terre est le socle de notre souveraineté :
Dans les 145 territoires de la RDC, nos communautés rurales subissent les pressions des concessions forestières, minières et agro-industrielles opaques.
• Parce que confier la gouvernance aux femmes change tout :
Lorsque les femmes ont le pouvoir de décision au sein de ces CLT, la terre n’est plus seulement une marchandise à vendre au plus offrant ; elle redevient un bien commun vivant, géré pour les générations futures, garantissant la sécurité alimentaire et la paix sociale.
• Parce que c'est le seul rempart efficace :
Face aux projets imposés sans notre consentement (le CLIP), les structures de femmes dans les 145 territoires constituent le bouclier le plus inexpugnable pour dire NON à la destruction et OUI à un développement endogène, digne et respectueux du vivant.
• Parce qu'il faut libérer l'accès aux ressources financières :
Pour que cette autonomie devienne une réalité économique, nous plaidons avec force pour la mise en place de mécanismes de micro-financement simples, transparents et décentralisés, taillés sur mesure pour les femmes des zones rurales. Trop souvent, les fonds climatiques internationaux ou les institutions bancaires classiques dressent des barrières bureaucratiques impossibles à franchir pour nos sœurs des territoires. Il est temps de briser ces carcans administratifs et de financer directement, sans intermédiaires lourds, les initiatives économiques et de conservation portées par les femmes au sein de leurs CLT.
Conclusion
Chères sœurs, chers amis,
Depuis Yaoundé, que notre message résonne jusqu'aux parlements, aux gouvernements et dans les instances internationales : Laissez les femmes du Bassin du Congo, et de toute l'Afrique, tenir la boussole de la protection de la terre !
En soutenant l'autonomisation foncière et financière des femmes dans les territoires de la RDC et partout sur le continent, vous ne soutenez pas seulement des femmes : vous sauvez l'avenir de nos écosystèmes.
Assez de pillage ! Justice climatique maintenant ! Les femmes debout pour la terre !
Je vous remercie.
Par Mme Francine AZIZA
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